Aliens (suite)

22 février 2008

« Écoute Beths, je n’ai pas envie de me prendre la tête à sept heures quarante-cinq, tu vois. Je ne veux pas en parler et c’est mieux pour tout le monde. 

Je me lève, avec ma tasse de café que je m’empresse de finir. Je remonte dans ma chambre pour prendre mon sac, je mets mes bouquins dedans et redescends. Josh est prêt, il m’attend devant la porte avec ses affaires. Je ne le regarde pas, il serait capable de me faire dire toute la vérité, et ça je ne le veux pas. Je sors, il me suit. Nous montons dans ma voiture, il s’assoit devant, à côté de moi. Je soupire. Puis je démarre, cette journée ne me dit rien, comme toutes celles qui sont les miennes. L’université n’est pas très loin mais je préfère prendre ma voiture, comme ça si Josh en a besoin, il pourra la prendre. Dix minutes plus tard, nous arrivons. Nous sortons de la voiture, la sonnerie retentit. Je le prends par le bras et me téléporte devant la salle de cours. Il est un peu surpris mais petit à petit il s’y fera. Nous rentrons, je m’assois, il s’assoit à côté de moi, la rangée où je me trouve était vide jusqu’à ce que Josh décide de s’y installer. Les autres élèves le regardent avec de gros yeux, ils le prennent pour un fou ou se demandent s’il n’a pas le même pouvoir que moi. Et puis quoi encore ! Ça veut dire qu’aucune personne censée ne peut me côtoyer ! Pff ! Le professeur Harrison nous observe.

- Bonjour à tous. Lance le professeur.

- Bonjour. Répondent les élèves tous en chœur.

- Je crois qu’un nouvel élève vient d’arriver parmi nous. Levez-vous, jeune homme.

Josh se lève. Les yeux sont rivés sur lui, il n’aime pas ça, il est d’une nature timide mais il doit y passer. Quelques abrutis du dernier rang commencent déjà leurs rumeurs mais le professeur y mettra fin. Je lève la tête et regarde mon colocataire, à présent. Il reste maître de ses gestes, pour essayer de ne pas trahir son malaise.

- Allez-y, présentez-vous à la classe.

- Je m’appelle Josh Hogwards, j’ai dix-huit ans, je vis ici depuis peu…

- Dites-nous d’où vous venez. L’interrompt Mr. Harrison.

- Je…je viens de la planète Terre, je viens d’Amérique du nord. Répond Josh avec hésitation.

- Asseyez-vous. Josh s’exécute. Bien, je veux que tout le monde m’écoute attentivement, vous avez entendu, c’est un terrien. Il est arrivé ici il y a deux jours. Je tiens à ce que personne ne l’harcèle. Il n’a aucun pouvoir et ne peut donc pas survivre contre chacun d’entre vous. La première incartade et vous serez puni, cela peut aller jusqu’à l’expulsion définitive et peut-être pire… Je vous aurai prévenu. Bien, passons au cours.

Je souris, le professeur Harrison, Jack de son prénom, n’a pas changé. Je le connais assez bien, d’autant plus que je peux, comme toutes les autres personnes lire dans ses pensées et connaître ses sentiments; mais aussi parce que c’est un ami de mon père. Du temps où ma mère était encore en vie, il venait chez nous tous les soirs, un peu moins après sa mort mais il le faisait encore. Cet homme est un passionné, le droit c’est toute sa vie mais pas seulement, c’est un fou de théâtre, il a été, pendant quelques temps, acteur dans certaines pièces, après metteur en scène pour de petites œuvres, il a aussi participé à des procès touchant de près ce domaine. Dès qu’il en entend parler, il part dans un monologue interminable, mais c’est tellement beau de voir une personne vivre sa passion qu’il n’y a que des andouilles pour l’arrêter. Il est aussi très bon avec les autres, il déteste la violence et toute appartenance avec elle. Il est un protecteur dans l’âme, c’est pour tout ce qu’il est, qu’il a réagi comme ça avec Josh. Beaucoup de professeurs l’auraient ignoré, d’autres humilié, ou encore interrogé comme la police mais pas lui. Pourtant sa protection a une limite, quand ma mère est morte et qu’il a appris que j’avais la même faculté qu’elle, il a perdu ses moyens devant une situation qu’il lui était inconnue mais il a été la personne qui m’a le moins évitée, il a continué à me parler, à me sourire, à m’écouter, à m’interroger et à m’encourager. Il a fait plus pour moi que mon père ne l’a jamais fait. Ne pas penser à ça, ne pas penser à ça, ne pas penser à ça… Josh est soulagé, ce mauvais moment est passé, et tant mieux. Maintenant il écoute d’une seule oreille, pensant à sa vie, les cours qu’il avait chez lui, dans son pays natal. Il est songeur, rêveur mais revient sur terre. Il repose alors son attention sur ce que dit Jack. Je ne me sens pas bien, ma tête tourne, j’ai l’impression qu’un bricoleur tape avec un marteau dedans. Je ressens beaucoup trop de haine, de colère et c’est à mon égard. Je baisse la tête et je la tiens avec mes mains. J’affiche une mine déconfite. J’entends que le professeur interroge Josh.

- Je crois que Charlie ne se sent pas bien, Monsieur.

- Emmenez-là à l’infirmerie, Monsieur Hogwards.

Il se lève et m’aide à me mettre debout. Il ne faut pas que je m’évanouisse. Il me prend par le bras, cette initiative de dire au prof que je ne vais pas bien, ne me plait pas mais maintenant c’est trop tard. Il a juste voulu m’aider mais il ne sait pas dans quoi il a mis les pieds. Nous sortons de la classe, il referme la porte. Je m’appuis contre le mur. Ah ma tête ! Mon Dieu, elle va imploser. Je m’accroupis par terre, la tête dans les genoux. Josh se baisse, il remonte mon menton pour que je le regarde.

- Viens, on va à l’infirmerie.

- Non, j’ai de l’aspirine dans mon casier, ça ira. J’ai l’habitude.

- Mais le professeur m’a dit de t’y emmener…

- Je sais de quoi j’ai besoin, je suis une grande fille. D’accord ? Dis-je en l’interrompant.

- Bon, alors on va à ton casier. Répond-il d’un air résigné.

Il me tend sa main, je la prends et me lève. Nous marchons jusqu’à mon casier, je l’ouvre et en sors mon paquet d’aspirine. J’en détache un et l’avale. Je remets les médicaments dedans. Merde, j’ai fais tomber des livres ! Clark les ramasse et les observe. Ce sont deux livres intitulés: « Disparition totale des pouvoirs » et « Pouvoirs gênants ». Il me les tend et me regarde, inquiet.

- Tu lis ces trucs-là, toi ?

- Oui, pourquoi ? J’ai fais un exposé dessus et puis j’aime bien, c’est intéressant.

- C’est assez intriguant comme titre. Il existe des pouvoirs contraignants ? Demande-t-il d’un air ahuri.

- Oui.

- Lesquels ?

- La télépathie par exemple ou encore l’empathie. Mais ils sont très rares.

- Rare comment ?

- Ces deux derniers siècles, il n’y a eu que deux personnes ayant le pouvoir d’empathie, c’est très peu.

- Que sont-elles devenues ?

- La première est morte, sa fille a disparu, on ne sait pas ce qu’elle est devenue.

- Ouf ! Heureusement parce que je n’aime pas trop l’idée qu’on lise dans mes pensées… Murmure Josh plus à lui-même qu’à une quelconque personne.

- Ou qu’on sache ce que tu ressens.

- Oui, tu es d’accord avec moi ?

- Oui, bien sûr. Ai-je marmonné.

Il sourit, je suis déboussolée, il ne sait pas qu’il parle de la mort de ma mère mais il a quand même dit cette phrase, cette phrase qui prouve bien que je ne dois rien lui dire. Il partirait en courant, comme un renard pourchassé par des chasseurs. Je soupire, je referme mon casier. Puis je me dirige dans la cour, je m’assois sur un banc en bois, devant une fontaine, sous un arbre. Ma tête va mieux, je ne veux pas retourner en cours, à chaque reprise c’est pareil, il faut que je me réhabitue à ce climat de haine et à ses pensées dans mon crâne. Il me rejoint, il a du mal à comprendre mes réactions comme d’habitude. Je regarde l’eau de la fontaine couler, j’ai pensé plusieurs fois à m’y noyer mais j’y ai renoncé. Ce n’est pas la bonne solution, mais je ne l’ai toujours pas trouvée. Il pense à ce qui a pu me mettre dans cet état mais toutes ces idées sont fausses. Je voudrais disparaître pendant plusieurs jours, pour être vraiment tranquille, je n’aurai pu à supporter ma vie, mes problèmes et surtout à me supporter moi… Je ferme les yeux, le noir total, que c’est reposant. La cloche sonne, le prochain cours va bientôt commencer, il faut qu’on y aille. Nous nous levons, puis allons dans la salle de classe. Ô mon Dieu ! Non Charlie, je t’ai déjà dis : pas de blasphème, ah oui et arrête de te parler ! Je dis à Josh de me suivre et de rester à côté de moi, parce que dans cette salle se trouve la pire peste au monde : Veronica. Pourtant avant nous étions amies mais les choses ont changé. Beaucoup trop, je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose mais ça m’a fait du mal. Peut-être devait-il en être ainsi. Même si j’ai du mal à l’accepter, il y a des moments de notre vie que l’on ne peut contrôler. Je vais m’asseoir au premier rang, il reste deux places, Clark pourra se mettre à côté de moi. Mais Mme Darton m’en empêche, je la regarde, curieuse de savoir pourquoi elle fait ça.

- Mademoiselle Nelson, allez au dernier rang, s’il vous plait. Je ne veux pas de vous au premier. Merci.

- C’est bien la première fois que vous m’approchez d’aussi prêt. Faîtes attention les ours du zoo mordent quand on vient les titiller. Ai-je répondu, sarcastique.

Les élèves se mettent à siffler et à huer. Je m’installe au fond, Josh vient vers moi. Mme Darton l’appelle avec un air furieux, ce que je lui ai dis ne lui a pas plu, et bien je m’en fiche complètement Celle-là je peux pas la voir, elle me déteste, je le sais mais même sans pouvoirs empathiques je le saurais. Elle ne se gêne pas pour l’exhiber devant toute la classe et bien je lui parle comme à un chien, point final ! Et puis ce n’est pas elle qui réussira à me faire expulser, elle sait très bien que je peux retrouver des faits contraignants de son passé et elle me craint. Malgré son « autorité », moi elle m’indiffère. Josh approche, elle lui ordonne de s’asseoir devant.

- Vous n’êtes pas son petit chien, qui la suit partout, alors restez-là et puis les nouveaux j’aime bien les avoir à l’œil ! Au fait quels sont vos pouvoirs ?, que je sache à qui j’ai à faire.

Tout le monde éclate de rire.

- Taisez-vous ! Crie-je à l’intention de toute la classe.

Le silence se fait, au moins j’arrive à faire régner l’ordre en cours parce qu’avec elle, c’est assez dur d’avoir une heure « normale ».

- Je n’ai aucun pouvoir.

- Comment ça ?! Un amazone sans pouvoir c’est impossible !

- Je ne suis pas un amazone. Répond-il, gêné.

- Pas un amazone ! Tu te fiches de moi ! Hurle-t-elle.

- ça ne sert à rien de hurler. Il n’a pas de pouvoirs parce qu’il vient de la planète Terre, qui a été

détruite il y a peu de temps. Maintenant est-ce que nous pouvons passer au cours ? Dis-je, énervée.

- Comment se fait-il que je n’ai pas eu vent de ce nouvel élève si spécial ?

- Je ne sais pas mais tous les autres professeurs sont au courant. Ai-je répondu avec un air narquois.

- Bon Mademoiselle-je-sais-tout, vous allez être ravie, nous passons au cours d’aujourd’hui !

Les autres se mirent à rire, bande d’abruti. Je m’assois, et essaye d’écouter cette prof, cette journée débute vraiment mal. Je n’ai qu’à prendre mon mal en patience. Mon mal de crâne va mieux. Je peux me concentrer sur la leçon d’aujourd’hui.

Classe du Pr. Darton, cinquante-cinq minutes plus tard…

La sonnerie retentit dans la salle de cours. Ce n’est pas trop tôt ! Je me lève, range mes affaires et descends je me heurte à quelqu’un. Je regarde qui c’est, derrière j’aperçois Josh, mais la personne qui m’a bousculée, c’est Veronica. Pff ! Elle me fixe de ses yeux de vipères avec un air supérieur, je ne fléchis pas, si elle croit m’intimider. Sa bande arrive et m’entoure, Josh vient à côté de moi, il n’a pas peur d’eux, mais je ressens de l’inquiétude. C’est normal.

- Alors c’est une invention ? Parce que tout le monde sait que l’on doit t’éviter, mais pas lui. Étrange. Soit il est débile, (regardant ses amis) ce qui m’étonnerait vu qu’il est ici, (me regardant) soit il ne sait pas qui tu es vraiment. Cherchez l’erreur !

- Va cracher ton venin ailleurs, vipère !

- Évites de dire ça, il pourrait t’arriver malheur, Charl’. »

Aliens (suite)

17 février 2008

Je me recroqueville sur moi-même, j’ai peur, je pleure, j’ai froid pourtant il fait au moins trente degrés. Je frissonne. Les larmes coulent sur mes joues rouges, je les laisse s’écraser par terre. Mon maquillage a dû couler, je ne ressemble à rien, et bien tant pis ! De toute façon personne ne me regarde, ne fait attention à moi ou quoi que ce soit. La seule chose que je reçois d’eux, ce sont leurs critiques et leurs insultes à longueur de journée. Je me relève, je regarde ma ville du haut de la colline, ma colline. J’essuie mes joues, et me recoiffe un peu. J’hésite un peu puis me téléporte, j’arrive dans ma chambre. Bizarre, je suis à peine arrivée que je ressens de la peur, de la gêne et du désir. Mon Dieu, qu’est-ce qu’il se passe encore dans cette maison ? Ça Provient de la chambre de Papa, encore plus étrange ! Je sors de ma chambre et ouvre la porte de celle de mon père ! Ô mon Dieu, il faut que j’arrête les blasphèmes ! Ce que je vois dépasse tout entendement. Vous voulez que je vous le dise, hein ? Et bien ma chère sœur s’est mise dans l’idée de coucher avec notre invité, elle ne changera jamais. Je tape du pied, elle arrête de l’embrasser et se retourne. Elle est en sous-vêtements, Beths aussi.

« Fous-lui la paix, il a la trouille ! Lui ai-je crié à la figure.

- Tu ne peux pas me laisser tranquille, c’est impossible !

- Je suis plus collante que la mort, il faut t’y faire, soeurette.

Elle prend ses vêtements, et s’en va, je l’ai vexé, c’est ce que je recherchais, j’ai réussi. Elle claque la porte et je l’entends descendre. C’est fini, Josh est très embarrassé, il remet son jean rapidement et enfile sa chemise. Puis il s’assoit sur le lit, il ne m’a pas regardé une seule fois depuis que je suis rentrée. Il baisse les yeux et joue avec ses doigts. Il m’en veux de l’avoir laissé ici.

- Qui te dis que j’avais peur ?

- Personne, mais je connais ma sœur, elle déteste les mecs qui ont peur d’elle. Comment ça s’est passé ?

- Je me changeais, elle a du me voir et puis après elle m’a sauté dessus, je n’ai pas eu le temps de comprendre ce qui m’arrivait.

- Elle te fichera la paix. Lui ai-je assuré.

- Tu m’avais dis que tu resterais avec moi, que tant que tu serais près de moi il ne m’arriverait rien. Mais c’est toi qui es partie !

- Excuse-moi mais je devais m’isoler quelques temps. Je n’aurai pas du te laisser, je sais, j’ai pris un risque. Il ne t’est rien arrivé, Dieu soit loué, je serai plus prudente.

- C’est bon, ne t’en veux pas pour si peu.

Je sens qu’il est sincère, ça me bouleverse, il a peur pour moi, il éprouve de la compassion. Jamais personne n’a fais preuve de gentillesse et de compassion envers moi. A part, Jack, mon prof de danse, enfin il était bien plus que ça, c’était mon seul ami. Ne pense pas à ça, Charlie ! En tout cas, Josh a le don de me surprendre mais ma confiance ne se gagne pas comme ça, au non ! Il va en baver le pauvre. Je souris. Je m’assois à côté de lui, il repense à cet incident dans ma chambre, de ce matin. Il se met à gargouiller, je ris. Il paraît ravi de m’avoir fait rire, n’importe quoi !

- Tu n’as pas encore mangé ?

- Non, ta sœur ne m’en a pas donné le temps.

- J’arrive.

Je me téléporte en bas, dans la cuisine. Je prends des pâtes et les fait cuire. C’est la seule chose que j’arrive à cuisiner correctement. Je ne vais pas me lancer dans un repas que je suis sûre de rater. Et puis j’ai dis à Clark que je revenais, sans nourriture ça ne servirait à rien ! Au bout d’une dizaine de minutes, elles sont cuites, je les mets dans deux assiettes et je remonte dans la chambre. Je retrouve Clark; il regarde des photos, une en particulier. Il y a une petite frimousse dessus, c’est la mienne, j’avais cinq ans, Maman me tenait contre elle, j’avais l’air heureuse. En tout cas plus qu’aujourd’hui. Il se retourne avec le cadre dans la main. Il s’assoit, je le rejoins. Je pose les deux assiettes sur le lit et le regarde. Il me tend le cadre. Je le prends, je passe mes doigts sur le visage de ma mère. Qu’est-ce qu’elle était belle !

- Vous vous ressemblez beaucoup. Dit-il.

- Plus que tu ne le penses.

- Elle est très belle, une femme magnifique. Me confie-t-il sincèrement.

Je remarque qu’il me fait un compliment en même temps, et qu’il utilise le présent, il ne veut pas me blesser. Je ferme les yeux un moment et inspire calmement. Je les ouvre. Il prend la photo de mes mains. Je lui tends une assiette, il s’en saisit et commence à manger, pour une fois mes pâtes ne sont pas collantes ni dures comme des os pour chiens. Heureusement sinon Josh aurait gargouillé encore longtemps ! Je mange aussi, c’est vrai que j’ai un petit creux mais j’avais d’autres choses à penser. J’entends Lucy dans sa chambre, sa présence me fait mal, je suis terrifiée et je ne sais même pas pourquoi. J’ai tellement besoin de parler mais personne ne m’a jamais écouté, alors je me suis renfermée sur moi-même, oubliant que j’avais le droit au bonheur, m’oubliant. J’ai réussi à tout contrôler, mon corps, mon cœur, mes mots, la seule chose c’est ma vie, elle m’échappe. Et je déteste ce sentiment, c’est comme vouloir emprisonner de l’air, on peut essayer autant de fois qu’on le souhaite, il s’envole. Clark m’observe depuis un moment, il est intrigué, ça fait plus d’un quart d’heure que je ne dis rien. Il s’inquiète.

- ça va, c’est comestible ?

- Oui, je trouve que tu es dure avec toi.

- Non je suis réaliste.

Il ne comprend pas mes réactions, tant qu’il ne connaîtra pas ma vie, et mon secret il ne le pourra pas. Mais je ne veux pas pour l’instant, c’est trop tôt, il n’est là que depuis deux jours, pourtant je me sens incroyablement bien avec lui. J’ai l’impression qu’on se connaît depuis des années et qu’il m’écouterait si je lui parlais. Je souris, je ne veux pas gâcher ce moment avec lui. Sa présence me réconforte, me rassure, elle meuble ce grand trou noir qu’est ma vie.

- Tu es fatiguée ?

- Non, il est quelle heure ?

- Vingt deux heures. Me dit-il.

- Je ne dormirais pas si je me couche tout de suite. Parle-moi plutôt de toi, comment c’était sur Terre ?

- C’était beau, des plaines, des rivières, des collines, un ciel sublime, des gens merveilleux. Mes parents étaient géniaux, des gens admirables, ils m’ont recueilli à l’âge de mes cinq ans, j’étais orphelin. Ils m’ont éduqué comme leur fils, m’apprenant les règles de la vie et le respect de tout être et toute chose. Mes amis étaient supers, mais il ne comprenait pas tout de moi, je n’arrivais pas réellement à me confier à eux, je me sentais étranger. Mais ça ne m’empêchait pas d’avoir des moments de joie.

- Et il n’y a pas une femme dans tout ça ?

- Oui, il y avait quelqu’un, elle s’appelait Heather, elle était très belle, gentille, intelligente, adorable, douce, un ange descendu sur Terre. Mais on n’était pas fait pour être ensemble. A chaque fois qu’on a essayé ça n’a pas marché. Mais je ne regrette rien.

- Excuse-moi.

- Ce n’est pas grave, on a tous une histoire. »

Je me lève, je pose ma main sur le bras de Clark et m’éclipse avec lui. Nous nous retrouvons sur ma terrasse. La nuit est tombée, mais il ne fait pas froid. Les étoiles sont merveilleuses, elles brillent de mille feux. Il règne un vent léger, il m’effleure puis continue sa route dans les arbres, au loin. Je le suis du regard, qu’est-ce que j’aimerai m’envoler avec lui, plus rien ne me retiendrait, j’irai où bon me semble sans que personne ne le sache. C’est beau la liberté mais quand elle est hors de portée, ça fait mal. Je m’approche des barrières, on entend le bruissement des feuilles, quelques lumières dans les maisons sont encore allumées. Je perçois des rires grâce à mon ouïe surdéveloppée, des rires d’enfants suivis de leurs parents, ils ont l’air heureux, heureux d’être ensemble, unis, de vivre. Est-ce qu’un jour je rirai ainsi ? Oh Charlie tu m’énerves! Arrête de broyer du noir ! Je dois vraiment aller consulter, je me parle à moi-même, enfin ce n’est pas nouveau. Il me rejoint, ça lui rappelle des choses, sa vie, un mot lui traverse l’esprit : forteresse de solitude, c’est l’endroit où il se recueillait, il observait le ciel, et très souvent Heather venait le voir. Un long silence s’installe mais ce n’est pas parce que nous n’avons pas de sujet de conversation ou de chose comme ça, nous apprécions ce moment à sa juste valeur, il faut respecter le silence. Je m’allonge par terre, il fait de même. Les étoiles m’hypnotisent, elles sont tellement belles, pures et généreuses.

- Comment c’est arrivé ? Je veux dire la mort de ta mère.

- Accident de voiture.

 

J’ai répondu ça sans intention, bien sûr ce n’est pas vraiment la réalité. Ça m’énerve de devoir lui mentir surtout que je sens que ça va me retomber dessus mais je ne peux pas lui dire, je n’arrête pas de me répéter ça, il faut que je me calme. J’imagine toujours le pire, il faut dire que ma vie ne m’a pas donné l’opportunité d’être optimiste. Mais j’ai appris à l’accepter, qu’est-ce que je peux faire d’autre ? Je me suis battue trop longtemps et maintenant je suis épuisée, j’ai perdu espoir, perdu la foi, j’ai perdu ma résistance. Une des pensées de Josh arrête ma réflexion, il se dit que je suis très mystérieuse, mais ça n’a pas l’air de lui déplaire. Il bâille, je souris. Nous nous relevons ensemble. Je le tiens par le bras et me téléporte dans sa chambre. Nous arrivons quelques secondes plus tard. Je le lâche, il me raccompagne à la porte. Je souris. Je vais exhiber ses pensées et ses sentiments dans notre conversation.

- Ne t’inquiètes pas pour demain, il ne t’arrivera rien. Dors c’est la chose la plus intelligente à faire.

- Alors montre-moi l’exemple, Miss Nelson. Je ne fermerai pas la porte tant que tu ne seras pas dans ta chambre.

- Tu connais mes capacités, je pourrai m’éclipser sans que tu l’entendes.

- Alors je vais peut-être devoir te surveiller jour et nuit.

- Rêve Beths !

- Toi aussi fais de beaux rêves, Charlie. »

Je lui donne un coup de poing dans le bras, en essayant de maîtriser ma force. Je me retourne et me rends dans ma chambre, contente de moi. Je ferme la porte, je le vois qui me regarde, je souris. Je me jette sur mon lit et m’enroule dans ma couverture. Je baise les volets par télékinésie puis éteins la lumière. Je ferme les yeux, cette journée n’a pas été aussi mauvaise que je l’aurai pensé. Josh réchauffe un peu ma vie, et ce n’est pas si mal parce que j’ai l’impression qu’elle est un iceberg. Chaque soir avant de m’endormir je fais le point sur la journée, ou ma vie parce que sinon je ne pourrai pas fermer l’œil de la nuit avec toutes les pensées que j’ai en tête. Je sens que je tombe dans les bras de Morphée…

Chambre de Charlie, 07h30.

Les premières lueurs du jour traversent mes volets et me réveillent. J’ouvre les yeux doucement, je ne veux pas me lever, je ne veux pas aller à l’université, je ne veux pas voir ces gens qui me regardent comme une bête curieuse, sans cœur. Ils me prennent pour une personne qui ne me ressemble pas, une personne qui est mon contraire. Je crois qu’ils ne survivraient pas une seule journée dans ma vie. Je voudrais bien les voir à ma place, ils ne supporteraient pas. Je m’extirpe de mes draps, je m’étire. J’ouvre mes volets et m’habille rapidement. Je descends les escaliers quatre à quatre et retrouve Clark dans la cuisine. Je m’assois et prend un café.

« Tu es bien matinal ! Ai-je fanfaronné.

- Je suis fils de scientifiques, mais ils tenaient une ferme aussi. On se lève tôt pour s’occuper des bêtes. C’est la routine.

- Tu ne me l’avais pas dis.

- Tu ne m’as presque rien dis sur ta vie.

- Il n’y a rien à dire…

- Je n’en suis pas aussi sûr. »

All you need you is Love..

17 février 2008

Métropolis, École de journalisme. 8h00.

Loïs avait passé de très bonnes vacances, entre fêtes, sorties avec ses amis, cinéma, baignades à la plage. Elle avait été très occupée, et n’avait pas eu le temps de s’ennuyer. Malgré le fait qu’elle ait passé deux mois géniaux sans cours, en ce jour de rentrée, elle était ravie de retourner dans son école, l’école de journalisme de Métropolis. Elle entra dans le grand hall. Les nouveaux garçons de première année se retournèrent à son passage. Elle portait un jean moulant, et un débardeur bleu foncé, un pas trop décolleté, son sac sur l’épaule. La jeune Lane avait l’habitude mais en son fort intérieur elle se disait qu’ils étaient tous stupides. Pourquoi fantasmer sur elle ?, ils n’avaient aucune chance, c’était joué d’avance. Elle se disait que s’il la connaissait vraiment, il la regarderait plutôt avec un regard apeuré, et non pas de convoitise. Elle n’était pas du genre à se laisser marcher sur les pieds et cela valait de même avec les hommes, elle ne se laisserait pas attraper aussi facilement qu’un petit chat perdu dans la rue. Non, elle savait ce qu’elle voulait. Toutes ses relations avaient été un fiasco, elle n’avait jamais rencontré un homme digne de ce nom, ils étaient tous idiots, cupides, possessifs, ils ne connaissaient rien d’elle et ne la connaissaient pas. Leur seul fierté, était d’avoir gagné la confiance d’un pur-sang sauvage insaisissable mais à quoi bon s’ils ne s’en occupent pas après ? Alors Loïs avait décidé de faire un break, pas de relations amoureuse et sexuelle pendant un an. L’année était écoulée, et donc tous les garçons de l’école croyaient avoir de nouveau une chance. Bande d’idiots ! Elle passait dans le hall, quand elle aperçut un homme qui ne la regardait pas, étrange. C’était pour cette raison qu’elle s’approcha de lui. Il était assez mignon, même plus que ça, plus elle arrivait vers lui, plus elle le trouvait canon. Elle ne l’avait jamais vu auparavant. Elle espérait le voir dans sa classe, peut-être un deuxième année transféré d’une autre école ? Il regardait le panneau d’affichage. Voilà pourquoi il ne l’avait pas vu. Mais rien que pour ça, elle se dit qu’il était différent des autres. Ce qui était un point plus que positif pour lui. Elle arriva à côté de lui. Elle se força à prendre un air dégagé et non pas intéressé. Il tourna la tête.

« Salut ! Moi c’est Loïs, Loïs Lane. A ce que je vois tu es nouveau, tu veux que je te fasse visiter l’école ?

- Je ne pourrais pas refuser. Je n’ai pas vraiment envie de me perdre dès mon premier jour ici !

- Ok, suis-moi alors ! » Répondit-elle, joyeuse. 

Loïs était ravie, elle n’était pas de ces filles timides, qui n’osent même pas approcher un mec qui leur plait. Non, c’était une vraie fonceuse, et ce jour-là elle était fière d’être comme ça. Sinon elle ne serait pas avec ce jeune homme sexy à lui faire visiter l’école. Il avait l’air à l’aise et semblait beaucoup s’amuser. Bon et bien tant mieux. Cela prouvait qu’il aimait bien la compagnie de la jeune Lane. Ils parcoururent chaque centimètre carré de l’établissement, en se souriant, riant, parlant de tout et de rien. Mais Loïs se rendit compte qu’elle ne connaissait pas non nom, ah non, il n’allait pas se la jouer à la Cendrillon ! Elle allait y remédier, lorsqu’il lui parla, l’interrompant.

« Et où se trouve la salle des professeurs ? Demanda-t-il.

- Par-là. Viens.

- D’accord.

- Voilà c’est ici. Mais aucun élève n’a le droit d’y entrer sans avoir l’autorisation d’un professeur. Alors tu t’y retrouves mieux maintenant ?

- Oui merci. »

A ce moment-là, il s’approcha de la porte de la salle des professeurs et mit sa main sur la poignée, il s’apprêtait à appuyer dessus quand Loïs l’en empêcha en prenant sa main. Elle le regardait avec incompréhension et interrogation. Il avait voulu entrer alors qu’elle venait de lui indiquer que c’était interdit ! Il avait des idées suicidaires. Et voilà c’était son bol, elle était tombée sur un psychopathe !

« Qu’est-ce que tu fais ? Tu n’as pas le droit.

- J’espère que vous serez aussi active dans ma classe, Mademoiselle Lane. Retournez avec vos camarades, nous aurons bien le temps d’apprendre à nous connaître en cours. Merci pour la visite !

- …

- A plus tard. » Dit-il, amusé.

Loïs restait interdite, bouché bée. Elle était déconcertée. Pendant tout ce temps elle avait cru qu’il était un nouvel élève. Elle s’était demandé si elle pouvait aller jusqu’au contact physique avec lui, rien que lui prendre la main, lui laisser un baiser anodin sur la joue, ou pire sur les lèvres. Mais cet homme était un nouveau professeur, il s’était fait passé pour un élève, il ne lui avait rien dit. Voilà pourquoi il semblait s’amuser autant. Elle était passée pour une idiote de première. A cet instant, Loïs enviait les filles timides et réservées, au moins elles ne faisaient pas de gaffes et ne créaient pas de quiproquos. Elle s’insulta en silence. Elle avait vraiment honte, la jeune Lane repensa sérieusement à recommencer comme l’année précédente, c’est-à-dire, pas de mecs, pas de sexe. Mais elle se dit que c’était un peu exagéré et prématuré. Elle n’allait pas continuer comme ça toute sa vie. La jeune femme était toujours devant la salle des professeurs. Un autre élève arriva en souriant, mais un sourire beaucoup trop charmeur pour avoir de bonnes intentions. Il passa à côté de Loïs.

« Alors ma belle, déjà convoquée dans la salle des profs ! Tu commences fort. Tu sais que les cours particuliers tiennent toujours ! Mais ne traîne pas trop ou je le proposerai à une autre fille, une fille qui n’a pas pris d’année sabbatique. Je te propose de m’occuper de toi, pour te remettre sur le marché. Qu’est-ce que tu en dis ? Je m’occupe de ta cote de popularité et en échange disons qu’on pourrait sortir ensemble.

- Sors de mon champ de vision Max ! Dit-elle, sereine.

- Très bien je n’avais rien à perdre de toute façon. A plus mon cœur. »

Il passa derrière en souriant, fier et ravi de son petit numéro. Loïs allait partir dans un chemin opposé au sien, lorsqu’elle sentit une main glisser sur ses fesses. Elle se retourna brusquement et vit Max qui lui souriait toujours, avec sa tête d’idiot. Le pire c’était qu’il était très attirant, mais pas du tout le genre de Loïs, et psychologiquement c’était un vrai con de première, le genre obsédé, qui veut sauter sur tout ce qui bouge, macho, orgueilleux, et pleins d’autres défauts encore. Elle fulminait, elle bouillait, le volcan n’allait pas tarder à exploser, il vaudrait mieux pour lui qu’il soit déjà parti !

« Je te préviens, la prochaine fois que je te vois, tu auras droit à ma spécialité. Pauvre con ! Je ne veux plus te voir. Dégage ! »

Loïs le détestait d’autant plus qu’il était sorti avec sa sœur pendant les vacances d’été, et qu’il l’avait détruite. Il s’était servie d’elle, Lucy croyait qu’il l’aimait, mais ce garçon ne savait pas aimer, détruire, blesser, ça oui, mais pas aimer. Miss Lane se retenait pour ne pas lui mettre son poing dans la figure, ou mieux son pied où elle pensait. Mais la violence était interdite dans l’enceinte de l’école. Si elle le croisait dehors, il était dans de sales draps. Elle attendit de ne plus le voir pour repartir. En marchant, elle se calmait peu à peu, il avait le don de lui mettre les nerfs en pelote ! Elle arriva dehors, cela faisait du bien de prendre un bol d’air frais. Elle ferma les yeux un moment. Elle sentit quelqu’un arriver et lui sauter dans les bras. Elle rouvrit les yeux en riant.

« Sam ! Tu m’as tellement manquée. Quelle idée de partir en vacances aussi ! Moi je suis restée à Métropolis tout l’été et je me suis éclatée, mais ça aurait été mieux avec toi.

- A moi aussi tu m’as manquée. Je suis contente de te revoir enfin ! Merci de me le demander, la Turquie c’était génial. J’ai passé mes journées à faire des fouilles, sur le site archéologique. C’est vraiment un autre monde là-bas. En tout cas je suis remontée à bloc pour une nouvelle année. (Réfléchit) Mais c’est vrai ! Tu as fini ton année sans mecs, sans sexe. Alors qu’est-ce ça fait d’avoir tenu ?

- Pas grand-chose, juste une fierté personnelle ! Dit Loïs en rigolant. Mais il y a quelques minutes j’ai hésité à recommencer une année supplémentaire. Tu aurais entendu les horreurs que m’a déblatérées Max ! Ce salaud ne changera jamais.

- Quoi ? Il n’est pas encore mort celui-là ? Demanda Sam, horrifiée.

- Malheureusement non. Et tu ne connais pas la dernière, il est sorti avec Lucy, il s’est complètement foutu d’elle. La pauvre, elle a du mal à s’en remettre. Je te jure, il fait tout pour que je le tue !

- Ne t’inquiète pas un jour tout ça lui retombera dessus. J’en suis sûre. Et si ça n’arrive pas je le ferais alors. Dit Sam, en riant.

- Oui, et je me joindrais à toi, avec un immense plaisir ! 

La sonnerie retentit mais les jeunes femmes ne bougèrent pas et continuèrent leur discussion.

- Et dis-moi Sam, tu as rencontré quelqu’un en Turquie ? Parce qu’on parle de moi, mais tu te fais bien discrète.. Lança Loïs avec un sourire.

- Et bien..

- Mademoiselle Lane, je crois que le début des cours a sonné. Cela signifie que vous devez vous rendre en classe. Cela va de même pour vous, mademoiselle ?

- Euh.., Jones, Monsieur. Dit Sam, déconcertée.

- En classe tout de suite, surtout que vous empiétez sur mon cours, là. Déclara le professeur avec lequel Loïs avait fait la visite de l’école un peu plus tôt.

- Très bien, nous arrivons ! Dit Loïs, en le fixant. Il partit.

- Tu le connais d’où celui-là ? Demanda Sam.

- Je te raconterai, mais là il faut y aller, sinon ça va chauffer. »

Aliens (suite)

17 février 2008

Salle de bain des Nelson, 12h30.

Je suis toujours dans la baignoire à tremper, je ressens l’énervement de Josh, mais ça me fait rire, il est tellement facile de l’embêter que ça devient très amusant. Au bout de plus d’une heure et demie, je me décide à sortir, je m’enroule dans une serviette et ouvre la porte, je sors de la salle de bain. Je le retrouve accroupi par terre, contre le mur. Il me regarde, je ne baisse pas les yeux, il me lance un défi, je le relève. Ses yeux sont un océan de confusion, et de sincérité. C’en est bouleversant. Je souris, l’atmosphère est trop lourde.

« Désolée, mais je mets beaucoup de temps. De toute façon tu n’es pas pressé. Non ?

- Non, mais je t’avais dis d’aller plus vite. Enfin bon, c’est pas grave. » Réplique-t-il, lassé. 

Il se relève, et me passe sous le nez, mes doigts frôlent ses muscles, je frémis. Ça fait longtemps que je n’ai pas eu de contact physique avec quelqu’un, j’avais oublié ce que c’est. Un coup de jus, de l’électricité qui passe dans deux corps, qui est agréable et réchauffe un peu. Je le regarde entrer, il ferme la porte. Je me dirige dans ma chambre et pousse la porte de ma chambre, elle reste entrouverte. J’enfile un débardeur moulant et une culotte, tous les deux bleus. Je me recoiffe, et range ma serviette, je referme ma fenêtre que j’ais laissé ouverte et m’assois sur mon lit. Je pense à ce que je pourrai faire pour m’occuper. Mes yeux se posent sur ma radio, j’approche et appui sur le bouton, il passe en ce moment une chanson que j’aime beaucoup. J’esquisse quelques pas de danse sur le parquet, mes pieds embrassent le sol, la terre. Ce contact me manque tant. Ça me rappelle tellement de choses, ça fait un an que je ne danse plus, je faisais partie d’une troupe de danse depuis l’âge de six ans, peu avant la mort de Maman. Ne pense pas à ça, Charlie ! Danse et envole-toi ! Je me laisse emporter par la musique, le sentiment de liberté est tellement beau. Cette chanson,…elle me fait tellement réfléchir et pleurer… Je continue ma danse folle, je tournoie, je sautille, et un cambrée, ouille ! Un an c’est long ! Heureusement il me reste le principal, ça me montre à quel point j’y tiens, comment ai-je pu arrêter ? Enfin, passons. Je ne me prends plus la tête, je ne pense qu’à la musique, mes pieds et ce bien-être qui m’envahit. Je vole ! J’exécute une pirouette, un sourire apparaît devant mes yeux, il se tient là, accoudé à la porte, les bras croisés sur son torse. Je m’arrête immédiatement, et le regarde. On va dire que je suis très légèrement vêtue pour recevoir quelqu’un mais ça doit faire un moment qu’il m’observe alors c’est trop tard. Il avance et referme ma porte.

« Tu es là depuis longtemps ? Ai-je demandé, avec inquiétude.

- Assez pour pouvoir dire que tu es une très bonne danseuse ! Me complimente-t-il.

- Je prends ça pour un oui.

Je m’assois sur mon lit, les jambes croisées. Il est surpris, agréablement surpris. Je souris. Je sens de l’hésitation, il se demande s’il a le droit de rester alors que je suis presque nue ! Je lui fais une petite place à côté de moi, il comprend et s’approche. Il veut en savoir plus sur cette planète, sur nous et nos « coutumes ». D’accord, je vais lui en parler.

- Il y a certaines choses que tu dois savoir. Demain, on a cours, je ne veux pas te lâcher dans la jungle sans que tu sois préparé. Saches que si tu restes avec moi, personne ne t’embêtera et ne t’approchera. Crois-moi.

- Mais pourquoi t’évitent-ils ? Je ne comprends pas. Lança-t-il, sincère.

- Je suis différente d’eux, alors ils m’excluent. Je crois que tu sais ce que c’est.

Il me regarde, intrigué. Et oui, j’ai encore visé juste mais je n’ai aucun mérite. Je souris, il m’a bien compris. Je le regarde, le pauvre ne sait pas ce qui l’attend, mais je crois que c’est moi le premier obstacle malheureusement. Je vais continuer.

- Demain, je te montrerai les gens que tu dois éviter à tout prix. Il y a le groupe de Veronica, mon ancienne meilleure amie, eux, il ne faut pas croiser leur chemin, ce sont de vrais abrutis, ils tapent avant de s’expliquer mais comme je te l’ai dis tant que tu es avec moi, personne ne fera d’histoires.

- D’accord et sinon les cours, ils sont comment ?

- Intéressant, mais ça dépend des profs.

- Ok, je verrai bien demain, alors.

- Tu sais nos deux planètes se ressemblent beaucoup, nous vous avons beaucoup observés, nous ne sommes pas très différents en fait. Aux informations du soir, il y avait une rubrique consacrée aux plus grandes nouvelles de la Terre. Ça ne devrait pas trop te changer de ton ancienne vie. L’ai-je rassuré.

- Je ne pensais pas qu’il existait des gens qui nous ressemblent dans cette galaxie. Dit-il avec calme. Et sinon je voudrai savoir Lucy, qu’est-ce qu’elle a comme pouvoir ?

- Tu es très curieux, toi ! Et bien elle possède la capacité de lévitation quand elle se concentre bien, elle peut courir à la vitesse de la lumière, comme chaque personne de ma famille, elle a une force surhumaine. Voilà on a fait le tour !

- Je préfère les tiens, ils sont beaucoup mieux. Lâche-t-il en souriant.

- Merci, je ne sais pas si c’est un compliment mais je fais comme si ça l’était.

Je souris, mais mon secret revient, remonte à la surface, il me harcèle, comme s’il se jouait de moi, cette situation l’amuse. Je voudrai le haïr mais je n’y arrive pas, il me fait comprendre les autres et m’en rend proche mais m’en éloigne aussi. Je voudrais ne rien lui cacher, parce qu’un jour je devrai lui avouer, je le sens mais je ne peux pas, il partirait en courant si je le faisais. Oh mon Dieu, aidez-moi ! Si seulement il le pouvait, je serai sauvée. Je le regarde, tiens, je n’avais pas remarqué, il porte une des chemises de Papa, ça le change de ses chemises à carreaux ! Je vais le lui faire remarquer surtout que je sens qu’il est déçu parce que je ne lui ai rien dit.

- Tu as trouvé les cartons de mon père. Cette chemise te va très bien, beaucoup mieux que tes chemises écossaises !

- Je ne sais pas si je dois prendre ça comme un compliment mais je le fais quand même !

Je lui donne une tape dans l’épaule, il sourit. Ah il veut encore me poser une question, j’attends qu’il se décide. Je ne vais pas lui dire : « Oui je t’écoute ».

- Où as-tu appris à danser comme ça ? Me demande-t-il avec un grand intérêt.

- Je faisais partie d’une troupe de danse depuis quatorze ans. Avant j’y allais deux fois tous les jours. C’était vraiment super.

- Alors pourquoi as-tu arrêté ?

- C’est compliqué mais la plus grande raison c’est la mort de mon prof de danse, c’était mon ami et il a quitté ce monde précipitamment sans ne m’avoir rien dit. J’ai préféré partir.

- Tu vois que quelqu’un d’autre ne t’a pas exclu.

- Il est le seul, avec toi maintenant.

Je lui jette un regard, il se dit qu’il a un rôle à jouer à partir de maintenant dans ma vie, je ne sais pas s’il a raison mais sa présence est rassurante. Moi qui avais l’habitude de ne connaître que mon propre reflet, c’est comme une seconde chance mais pas pour longtemps. Je souris. Il se lève et avance jusqu’à la porte, se retourne et me jauge.

- Je vais te laisser, tu penses faire quoi cet après-midi ?

- Je pense que je vais aller me promener. Pourquoi ?

- Parce que je viendrai avec toi. » Répond Josh.

Il sourit, je souris, ça fait beaucoup de sourires dis donc ! J’utilise la télékinésie pour prendre un oreiller et lui lance, elle lui atterrit dans la tête. J’éclate de rire mais je me munis d’un autre au cas où il contre-attaquerait. Je me prépare, à me battre ! Il s’approche et me lance l’objet à la figure. Je me téléporte, juste derrière lui et la tape en riant. Il est surpris, il se jette sur mon lit et sourit, non il rit aussi. Je continue ma torture, il me fait tomber, j’ouvre les yeux. Ô mon Dieu, calme-toi ma grande, je ne bouge plus, seuls mes cils papillonnent. Il se retrouve au-dessus de moi, nos visages sont bien trop proches pour que ça reste correct, et vu ma tenue ça l’est encore moins. On ne respire plus, j’entends la voiture de Lucy qui arrive.

« Nous ne sommes plus seuls.. »

Il comprend, pour une fois que je suis soulagée de voir rentrer ma sœur. En même temps j’aurai voulu voir comment on aurait réagi mais il ne faut pas jouer avec le feu, c’est trop dangereux même si cela ne m’effraie pas du tout. Il se redresse et s’assoit, me tournant le dos. Je sens une énorme confusion dans son esprit, tout comme moi, il ne comprend pas comment ça a dérapé ainsi. Il a eu peur de ses réactions, de ce qu’il aurait été capable de faire. Il se dit qu’il est idiot, que c’est la première qu’il a failli faire quelque chose sans penser aux conséquences, pourtant ça ne lui a pas déplu, ce qui le perturbe encore plus. Il y a tellement de confusion dans cette pièce que mon mal de crâne pointe le bout de son nez. J’enfile un jean rapidement et je me dépêche de fermer la porte. Lucy m’a peut-être sauvée mais elle est toujours la même personne. Il est perdu dans ses pensées, je découvre un nom : Holly. Il s’est passé quelque chose de très fort entre eux mais ça n’a pas marché, apparemment il a tourné la page mais c’est toujours ancré en lui. Son premier amour. Je ne suis jamais tombée amoureuse, je me suis interdit de l’être, je souffre assez avec le cœur des autres alors si en plus je devais m’occuper du mien, on me ramasserait à la petite cuillère. Je prends un tee-shirt bordeaux, un peu décolleté, je l’avoue, je n’ai que ça avec d’autres plutôt moulants, mais c’est ce que j’aime.

« Alors on la fait cette ballade ? Ai-je lâché, nonchalamment.

- Oui.

Il se lève et me suit, j’ouvre la porte et sors. Nous descendons les escaliers. Dans la cuisine Lucy mange, encore des cochonneries. Je souris, elle est incorrigible.

- ça ne sert à rien, il a changé, il préfère les mannequins !

- Mêles-toi de tes affaires, je t’avais dis de ne pas l’approcher. Hurle-t-elle.

- Tu n’es pas ma mère…

- ça ne t’a pas empêché de me donner des ordres. Me coupant la parole.

Je suis hébétée, je sens sa colère, son dégoût pour moi. Je suis blessée, torturée par ma propre sœur, celle qui devrait m’écouter avec plaisir, me soutenir, m’aimer. C’est tout le contraire. Elle a passé des années à me dédaigner. Je croyais que ça passerait avec le temps mais ça s’est dégradé de plus en plus. Maintenant c’est trop tard, on ne peut plus recoller les morceaux. Josh voit que ça m’a détruite, il me prend par le bras et me fait sortir de la maison. J’entends Lucy qui rit. Je retiens une larme, je ne veux pas pleurer devant lui, non ! Je me calme petit à petit. Il avance, je le suis.

- Alors on prend ta voiture où on marche d’ici ?

- Excuse-moi, Beths.. »

J’enlève sa main de mon bras, et je m’en vais par téléportation. Je m’en vais là où personne ne me trouvera, là où je serai seule dans ma tête, dans mon cœur, seule dans mon monde, si compliqué. J’aurai voulu l’emmener avec moi mais il ne sait pas qui je suis réellement, je ne peux pas me confier à lui sur ce sujet, c’est trop dur. J’ai mis tellement de temps à m’accepter comme telle alors lui… J’arrive dans mon refuge, c’est une grande colline, on ne peut pas y monter sans se téléporter, ce qui fait que je suis sûre d’être seule ici. J’arrive au lieu voulu. Personne en vue. Tant mieux, je laisse tomber par terre, ma tête dans mes genoux, je me laisse aller, je pleure encore et encore. Je me déteste, je n’arrive même pas à haïr ma sœur, non mais moi oui. Pourquoi tu es parti aussi tôt, Maman ? On avait tellement besoin de toi, et surtout moi. Pourquoi m’avoir laisser cette malédiction ? Certains appelleraient ça un don, une bénédiction, certains jours je me dis qu’ils ont raison, mais aujourd’hui ils ont tord. Je veux disparaître, m’envoler la rejoindre, pour que tous mes soucis s’effacent avec moi. Qu’est-ce que ça changerait que je vive ou pas ? Pourtant j’aime vivre, c’est beau mais ça fait mal… Je me haïs d’autant plus que j’ai laissé Josh, seul, avec Lucy. Elle le protégera des autres mais qui le protégera d’elle ?

Aliens

17 février 2008

Amazonia, lundi. 18h05.

Je viens de sortir de l’université, ce n’était pas trop tôt, encore une fois tout le monde m’a évité. Pff ! Quelle bande d’idiots, en même temps je n’arrive pas à leur en vouloir, ils ont raison de ne pas rester trop près de moi. Je suis différente d’eux, alors ils ont peur et puis si j’étais à leur place je ne sais pas comment je réagirai. Je marche sur une route sableuse, il ne fait pas nuit, normal, on est en été, une brise légère vient emmêler mes cheveux détachés, le soleil me réchauffe. J’arrive près chez moi, Lucy est sûrement sur le canapé en train de s’empiffrer de cochonneries devant une série débile. Elle m’exaspère tellement ces temps-ci, les seuls moments où je la voie, elle est sarcastique, désagréable et je ressens qu’elle m’en veut, je crois que c’est à cause de la mort de Maman, elle remet la faute sur moi, parce qu’elle lui reproche sa mort, elle lui en veut pour son départ prématuré, et comme je lui ressemble énormément; elle se venge sur moi. Je suis la seule personne qu’elle côtoie à la maison, Papa ne revient qu’un jour par mois environ et elle aime trop ses amis, alors c’est moi qui subis tout. Cette fois j’en ai vraiment marre, le monde m’ignore, je suis étrangère à ma propre famille, à ce monde. Est-ce que quelqu’un me ressemble ailleurs ? Je ne l’espère pas pour lui. Je continue ma route quand j’entends un bruit assourdissant qui provient du haut de cette colline, en face de moi, il y a de la fumée noire, pourvu que ce ne soit pas un incendie. Je cours jusqu’au sommet, et là j’aperçois une chose énorme, qui ressemble à un vaisseau spatial. Étrange ! J’essaye de discerner des mouvements malgré la purée de pois qui m’entoure. Elle se disperse un peu, je ressens de la vie, quelque chose bouge, une porte s’ouvre, un jeune homme sort de cette machine qui commence à brûler. Ça va exploser, il faut qu’on parte maintenant. Je le prends par la main et l’entraîne le plus loin possible. L’explosion nous propulse quelques mètres plus loin. Aïe ! Mes fesses, mais pourquoi je dis ça ? Je ne ressens aucune douleur, ah j’avais oublié, c’est la douleur de cet homme. Il est allongé sur le sol, il s’assoit et me regarde. Je l’observe, il est assez grand, brun, les yeux bleus, on pourrait s’y noyer. Il faut dire qu’il est plutôt mignon. Je souris, il me répond mais je sens qu’il est perdu, il se pose beaucoup de questions et ses pensées sont confuses.

« Euh bonjour, je m’appelle Josh Hogwards et tu es ? 

Qu’est-ce que je peux bien lui répondre ? Bonjour je m’appelle Charlie Nelson, j’ai 20 ans et je suis empathe. Non, il fuirait tout de suite, il vaut mieux y aller en douceur. Je ne sais même pas ce qu’il fait ici et puis c’est la première fois que j’assiste à l’arrivée d’un vaisseau ici !

- Je suis Charlie Nelson. Enchantée. Comme on a commencé les présentations autant les finir. J’avoue que ton arrivée spectaculaire m’intrigue. Qu’est-ce qui t’es arrivé ? Ai-je demandé, avec un regard interrogateur.

- Je ne me souviens pas de tout mais mes parents m’ont envoyé dans l’espace grâce à ce vaisseau, qu’ils ont construit. Je viens d’une petite ville nommée Bethesda, dans le Maryland, mais tu ne dois sûrement pas connaître.. Et puis après plusieurs jours de vol, je suis arrivé ici. Où sommes-nous ?

- Tu es sur la planète Amazonia, dans la ville d’Epta. Dis-je. Mais de quelle planète viens-tu ?

- De la planète Terre bien sûr. Déclare-t-il comme si ce que j’avais dis plus tôt était absurde. Oh mon Dieu mes parents avaient raison ! Il y a d’autres humains dans l’espace.

- Alors tu es un terrien. Je ne crois pas que le mot humain s’applique à nous. On vous ressemble mais nous sommes plus « forts » ! Avant que tu ne poses la question, je te réponds, chaque Amazone possède au minimum un pouvoir, une capacité hors du commun si tu préfères.

Je le regarde pour voir sa réaction mais je le sens, ça l’intrigue beaucoup, il se demande ce qu’il fait là et regrette de ne pas être resté sur Terre. Il a beaucoup de choses à m’apprendre, et puis avoir une présence près de moi me rassure, mais je sais qu’il ne reste vers moi que parce qu’il ne sait pas que je peux lire dans ses pensées et connaître ses sentiments. Pour l’instant je garde ça pour moi. Je ne veux pas l’effrayer encore plus qu’il ne l’est. Mais une question vient frôler mon esprit.

- Mais pourquoi tes parents t’ont-ils envoyés dans l’espace ? Ils ont fais de toi leur cobaye ?!

- Non, une énorme pluie de météorites a été annoncée, elle devait détruire toute la planète, mes parents m’ont donné une autre chance, pour survivre. Une seconde vie, je ne voulais pas les laisser, je voulais rester avec eux, et me battre avant de les abandonner mais mon père ne m’a pas laissé le choix. Il m’a endormi avec du chloroforme et je ne me souviens de rien jusqu’à mon arrivée ici.

- Je suis désolée. Dis-je sincèrement.

- Tu n’y es pour rien, et puis je ne sais même pas si la Terre est détruite ou pas. Si mes parents sont toujours en vie, si mes amis sont à l’abri et si j’y suis moi-même.

- Ne t’inquiètes pas tant que je serai avec toi, tu seras en sécurité. Tu peux vivre chez nous tout le temps que tu voudras.

- Merci beaucoup. Il réfléchit un instant. Tu as bien dis que tous les Amazones possèdent des pouvoirs ? Alors toi aussi ! Qu’est-ce que tu as ?

- Et bien..je peux me téléporter, j’ai une force surhumaine, je suis télékinésiste, et j’ai aussi une ouïe surdéveloppée.. » 

Il me regarde, souriant mais je ressens de l’étonnement et un peu de peur. Tout ça l’effraie et l’intrigue en même temps, comme un jeune garçon qui va à l’école primaire pour la première fois. Il est vrai que son sourire ressemble à celui d’un enfant mais c’est ce qui fait son charme. Nous nous relevons tous les deux, je lui fais signe d’avancer, il me suit. Nous sommes bientôt arrivés à la maison. Je peux apercevoir ma voiture garée devant. Nous descendons cette colline, j’essaye de ne pas tomber. J’ouvre la porte et la referme derrière Josh, nous passons dans le salon. Et oui ! J’avais raison, Lucy est devant la télévision en train de vider un paquet de chips. Elle me jette un regard puis observe ce jeune homme.

« Bonjour Lucy.

- Tiens ça fait longtemps que je ne t’ai pas vu avec un garçon, on sait toutes les deux pourquoi. D’ailleurs je me souviens parfaitement de ce jour, c’était ta première année de collège, un jour mémorable, hein Charlie ?!

- Tais-toi Lucy, vas-t’en ou tu le regretteras. » 

Ma sœur ne se fait pas prier, elle prend son paquet de chips et monte quatre à quatre les escaliers pour arriver à sa chambre. Je soupire, Josh me regarde médusé, il ne comprend pas pourquoi elle a réagi de la sorte. A ce que je peux percevoir, il avait l’habitude d’une famille unie, d’une bonne entente et d’une ambiance chaleureuse chez lui. Je m’assois sur le canapé et commence à zapper sur toutes les chaînes, il me rejoint et s’installe à côté de moi. A l’audition d’un mot, il m’arrête et me demande de laisser cette chaîne, ce que je fais. Je n’ais pas entendu ce mot mais après j’ai compris, nous regardons les informations, ils ont annoncé la destruction totale de la planète Terre. J’aurais voulu ne plus posséder ce pouvoir plus qu’à n’importe quel moment, il souffre atrocement, mon cœur et ma tête vont imploser, j’aurais voulu lui dire de se calmer, mais je n’en ai pas le droit, la douleur mène au bonheur, il doit ressentir ses propres émotions. Je le regarde, il contient ses larmes, il ne faut pas, il doit laisser couler son chagrin.

« Laisse-toi aller, Josh. Tu n’as personne à impressionner, pleurer ça fait du bien quelques fois. » 

Il me regarde, quelque peu soulagé. Il commence à pleurer, sa douleur s’extériorise, il s’allonge et pose sa tête sur mes cuisses. Je suis un peu surprise mais je ne peux pas lui refuser ça, il a besoin de réconfort et je suis la seule personne qui le comprenne. Je lui caresse les cheveux, il sanglote. Mon Dieu, aidez-le. C’est inhumain de ressentir une telle douleur. J’éteins le poste de télévision, j’ai déjà assez mal à la tête sans en rajouter. Au bout d’une demie heure, il est un peu calmé, sa respiration s’est ralentie mais la douleur est omniprésente, c’est peut-être la première fois que je ressens ça, c’est déstabilisant comme si je vivais au rythme de ses émotions, comme si ma vie dépendait de la sienne. J’ai toujours refusé une quelconque dépendance envers une personne, ou un objet, c’est pourquoi je ne fume pas et ne boit pas. Il se rassoit et regarde dans le vague, il est complètement perdu.

« Ça va mieux ?

- Un peu… Répond-il, d’une toute petite voix.

- Je vais te montrer ta chambre. Tu seras plus tranquille.

Nous montons les escaliers doucement pour que Lucy ne nous dérange pas, quelle chieuse celle-là ! J’arrive devant la porte des quartiers de Papa, je l’ouvre et laisse rentrer Josh. Il me suit, il observe la pièce sans grand intérêt, c’est compréhensible après ce qu’il vient de vivre, moi je n’aurai qu’une envie, me coucher et pleurer jusqu’à ce que je m’endorme. Je défais la couette et lui donne un pyjama. Il regarde des photographies de nous, réunis, elles paraissent tellement irréelles, et sonnent faux.

- C’est la chambre de tes parents, où est-ce qu’ils vont dormir ?

- Ne t’inquiètes pas pour ça, mon père ne revient à la maison qu’une seule fois par mois. Alors il n’aura rien à dire, ma mère est décédée depuis que j’ai six ans. Dors ça te fera du bien, si tu me cherches je serai dans ma chambre. Ne prête pas attention à Lucy, elle ferait tout pour se rendre intéressante, et si elle te dit des trucs bizarres sur moi, ne la crois pas. »

A ce moment même il pense que je parle trop, ça l’amuse. Tant mieux ! Il est aussi surpris par mon calme à l’annonce de la mort de ma mère. Je sors de la pièce en lui souhaitant une bonne nuit puis je referme la porte et pars dans ma chambre. Je ferme les volets et les rideaux, je me retrouve dans le noir, je prends un cachet pour le mal de crâne mais je sais qu’il ne fera pas d’effet. Cette fin de journée a été riche en émotion autant pour lui que pour moi. Ce pauvre garçon n’est pas au bout de ses peines mais il a une chance que je n’ai pas, il ne possède pas de pouvoirs. Bien sûr ça peut être un avantage comme une contrainte. Le fait qu’il vive chez moi sera un frein. Encore un dilemme de plus pour Mademoiselle Charlie Nelson ! Comme si j’en manquais, quelqu’un là-haut doit s’amuser à me torturer. Maman, aide-moi s’il te plait, tu es la seule qui aurait pu me comprendre. Je ne sais même pas si tu m’entends, je dois être ridicule, heureusement personne ne peut lire dans mes pensées. Cette obscurité me rassure, je suis seule dans une pièce, seule dans ma tête mais seule dans mon cœur aussi. Cette solitude qui me pèse tellement chaque jour est apaisante certaines fois comme aujourd’hui. Je m’allonge dans mon lit, je ferme les yeux, des flash de la mort de Maman me reviennent, je déteste ça. J’essaye de trouver le sommeil le plus vite possible. Pas facile… Au bout de deux heures de stress et de sueurs froides, je tombe dans les bras de Morphée.

 

Chambre de Charlie, 10h30. Samedi.

J’ouvre les yeux, les rayons du soleil m’ont réveillé mais c’est assez agréable. Je m’extirpe de mes draps lentement. Je m’étire, je me lève et vais ouvrir les volets, c’est une belle journée qui commence, il faut déjà voir la suite pour confirmer ça. Malheureusement je doute de cette hypothèse si fragile. Je laisse les fenêtres ouvertes pour aérer ma chambre, espérant que le vent emmène mes pensées avec lui. Je sors encore un peu endormie, je descends dans la cuisine, j’entends la voiture de Lucy, comme d’habitude elle part avant que je ne la voie. J’arrive devant le frigidaire, Josh est en train de petit déjeuner, sur la table près de moi. Il semble aller mieux, je ne prête aucune attention à mes pensées. Je prends du lait et des corn flakes et m’assois à côté de lui. Je commence à manger, mon ventre gargouille. J’ai la dalle !

« Bien dormi ?

- Oui, le sommeil un peu agité mais ça va, et toi ? Répond-il, calmement.

- Pareil. Heureusement c’est le week-end parce que je n’ai aucune envie d’aller à l’université. Ai-je marmonné.

- Tu fais quoi comme étude ?

- Je fais du droit, et toi ?

- Pareil ! S’exclame Josh, surpris.

Nous sourions tous les deux, plus j’y pense et plus je me dis que nous nous ressemblons plus que je ne le pensais. Au moins je ne serai plus seule toute la journée et je pourrai parler à une autre personne que moi. Il mange une pomme, en me regardant.

- Alors je vais devoir te supporter en plus en cours, je sais pas si je vais y arriver. Tu parles tellement. Lâche-t-il avec un grand sourire.

- Normal, tu es le seul qui reste plus de dix minutes avec moi, mais tu sais si c’est trop pour le petit être que tu es, tu peux aller ailleurs, mais je ne donne pas cher de ta peau. Allez Beths, tu y arriveras c’est une question d’entraînement.

- Tu m’as trouvé un surnom ?!

- Oui, je me suis dis pourquoi pas ? Et puis comme tu viens de cette ville, et bien j’ai trouvé ça pas mal ! Hein Bethesda !

Je me lève, contente de moi, je me dirige dans la salle de bain. Une bonne douche me fera le plus grand bien. Je ferme la porte et me déshabille puis entre dans la baignoire. Je fais couler de l’eau chaude, et me mouille. Je me lave tranquillement, espérant que ce jour-là ne soit pas celui de la visite de mon père. J’entends qu’on frappe à la porte, j’écoute.

- Essaye de pas rester dans la salle de bain trop longtemps, s’il te plait. »

Je souris, il va être furax, mais j’aime passer du temps à barboter dans l’eau et il va s’en rendre compte. De toute façon, il va vivre chez nous pendant un bon bout de temps alors il faudra qu’il s’y fasse. Je m’allonge, la tête sous l’eau. Je me sens bien mieux.